lundi, 20 mai 2019

Capitalisme: une économie de guerre

 

Pour la croissance du capital, les dépenses militaires sont absolument nécessaires. Avec elles, l’Etat finance la sécurité dont les capitalistes ont besoin pour se garantir les sources de richesse étrangère, l’assujettissement des travailleurs, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, l’utilisation directe et immédiate des ressources naturelles, la gestion des usines et la puissance du capitalisme national. Pour assurer les profits, l’Etat met «sous séquestre» la nature et le travail non seulement national, mais également celui du monde entier. Pour cette raison, les dépenses militaires et le pouvoir destructeur d'une armée sont vraiment la réelle puissance productive du capitalisme, la véritable garantie de la continuité du processus productif. Nagasaki, Hiroshima, Dresde, Berlin, Varsovie sont des lieux exemplaires de la puissance du capital: rien d’autre! Les musées d’horreur qui ont été construits dans les villes bombardées, tels que les musées de l’Holocauste et les monuments au Soldat Inconnu, servent comme forces de dissuasion contre la révolution prolétarienne et non contre la guerre bourgeoise, dont s’exaltent bien au contraire les vertus patriotiques.

Entre les dépenses militaires et la force productive nationale existe une relation directe: les dépenses pour les forces armées et l’armement sont énormes lorsque le capital s’accumule dans une nation et par voie de conséquence, l’intérêt des affaires s’étend et, à fortiori, le capital s’emploie déjà à l’étranger. Les dépenses militaires sont productives pour le capitalisme en tant que sources d’énormes profits, exactement comme des plans de dépenses d’infrastructures et de construction. Le profit est réalisé en utilisant la force de travail dans la production d’armements sophistiqués exactement comme dans la production de chaque autre marchandise capitaliste. Le fait que les armes ont une valeur d’usage destructif ne change absolument rien: au contraire, cela montre seulement la nature socialisée de la richesse, sa valeur d’échange, qui est le centre de toute l’activité économique de la société capitaliste. Pour augmenter cette richesse, le capitalisme produit aussi bien des blindés et des bombardiers que des machines pour la construction des routes, des projectiles comme des jouets, des mines terrestres comme des sucettes. Dans un certain sens, les armements valent peut-être plus chers que l’offre des marchandises civils: l’Etat, avec son quasiment inépuisable pouvoir d’achat, avec ses énormes besoins, sa planification à long terme, sa disponibilité, peut associer ingénieurs, entrepreneurs et physiciens pour les futures nécessités de la guerre.

Les dépenses militaires sont également une solide contribution à la croissance en général. La création de plus-value permet au capitalisme d’augmenter la richesse de la société à travers la production de pure puissance destructive, de sorte qu’un bilan militaire florissant est, pour le capital et son Etat, non un dommage mais une vraie bénédiction. Les puissants pays capitalistes estiment qu’il est certainement justifié de contracter plus de crédit pour leurs projets sur le terrain de leurs armements: grâce à l’étroite collaboration entre l’industrie et les forces armées, les gouvernements favorisent les progrès de la technologie industrielle dans tous les secteurs, de la science des matériaux à l’industrie pharmaceutique et à celle de l’électronique, et assurent les meilleures ressources techniques aux entreprises nationales au profit de la capacité concurrentielle. En outre, les moyens de guerre sont soumis à une forte «usure morale» (comme Marx l’appelle), beaucoup plus que dans l’industrie: c’est-à-dire que les armements sont largement dépassés par des nouvelles technologies, et pourtant ils ne sortent pas du marché car une foule d’acquéreurs de toutes espèces sont prêts à élargir leurs arsenaux. Et encore, la vocation de l’industrie moderne, c’est la grande production, la production de masse, l’augmentation de la valeur totale de la production et la baisse de la valeur unitaire. La production de guerre suit tout le processus qui va de la découverte scientifique à ses applications techniques plus amples et, de là, à la réalisation de plus-value à travers le grand circuit des marchandises. Les nouvelles armes sont facturées à n’importe quel prix et leur production est un préalable pour un développement généralisé de l’industrie «civile». Le marché trouve facilement ses acheteurs et, ainsi, la reproduction sur grande échelle du profit supérieur à la moyenne est assurée. Les moyens financiers dans ce secteur sont des véhicules les plus puissants pour amplifier et accélérer la circulation du produit de guerre, la vente d’armes permet la valorisation rapide du capital investi: mais l’industrie de guerre doit consommer ces marchandises et les acheteurs étrangers (les Etats) après avoir semé des tensions explosives, savent comment les utiliser. Cela est démontré par des centaines de guerres plus ou moins étendues depuis la fin de la seconde guerre mondiale à aujourd’hui: pour puissance de feu, qualité technique, complexité de la gestion militaire et de la masse des capitaux, chacune d'elles a dépassé, dans certains cas, celles des armées et des armements de la première et seconde guerre mondiale.

Il y a plus. Les armes sont maintenant monnaie d’échange: elles sont conçues et fabriquées spécifiquement pour les échanger avec des produits énergétiques (pétrole, gaz, matières premières ferreux, substances radioactives). Nous écrivions en 1977: «les complexes contrats de dédommagements dans les négociations du matériel d’armement démontrent comment l’arme est inextricablement imprégnée de l’économie capitaliste. Mais la marchandise est telle car elle possède une valeur d’usage. La course aux armements est une traite qui tôt ou plus tard viendra à expiration: on ne peut pas ignorer la valeur d’usage des biens. […] On dit que la valeur d’usage d’une arme peut être représentée comme moyen de dissuasion contre des adversaires et donc non nécessairement elle doit être 'consommée'. Mais la guerre capitaliste est destruction du surplus capitaliste et ensuite une reconstruction. Dans ce processus, l’arme doit être consommée. Et elle l’est».

Pour la plupart des nouveaux produits, le démarrage de la production de masse requiert une simple plus grande avance de capital, donc l’acheteur doit posséder de grandes ressources financières pour l'acquérir. L’Etat capitaliste est celui qui, par le biais des impôts, peut devenir le meilleur client de l’industrie de guerre. A l’ère de l’impérialisme, tous les Etats alimentent sa propre industrie de pointe, celle militaire, et dévorent des pourcentages de dépenses publiques qui phagocytent toutes autres possibilités: d’énormes dépenses en tout moment. Dans la fournaise de la guerre, se consumeront tôt ou tard les cathédrales d’une civilisation désormais pourrissante.

 Parti Communiste International

International Press

 

                    

            

 

Facebook
Pin It